En bikini
  • 23 juin 2016
  • - Commentaires fermés sur Attrape-regards, par Juliette de Halleux
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Le bikini doit son nom à l’atoll du même nom des îles Marshall, sur lequel une explosion nucléaire avait eu lieu quelques jours avant la sortie de ce nouvel accessoire de mode, lancé par Louis Réard en 1946. L’effet de mode de ce nouveau produit devait être comparable à celui de l’explosion qui venait d’avoir lieu. Diana Vreeland, journaliste et éditrice de mode à New York écrira : « le bikini est la chose la plus importante depuis l’invention de la bombe atomique ».

J’étais invitée à Bandol, dans la chaleur de l’été. J’avais dix-sept ans. Fraîchement débarquée sur la plage, je m’aperçus d’un coup d’œil circulaire que la tenue de circonstance était sans conteste le monokini. La fréquentation des plages n’était pas mon fort et je m’étais résolue à l’idée de tenter un nouvel essai. Des centaines de corps à demi nus, abandonnés aux rayons du soleil, gisaient là joyeusement. Je m’exécutai, embarrassée mais soucieuse de me fondre dans le paysage. Tous les corps, jeunes ou vieux, fins ou épais, beaux ou laids enduits de crème solaire brillaient au diapason sur le sable fin dans une harmonie insouciante et uniforme.
Le lendemain, le scénario devait recommencer. Mais cette fois, animée d’un souci de pudeur dont je n’avais pas complètement réussi à me défaire malgré ma témérité de la veille, je repris, décidée, l’usage de mon bikini avec un certain soulagement. Je ne m’étais pas délestée de mon propre regard et cela m’avait pesé. Je souffrais d’un léger sentiment d’imposture qui me déplaisait. Je ne correspondais plus à ma propre image, à un âge où elle n’était pas suffisamment assurée. Une fois installée confortablement, en bikini, je me sentis plus à l’aise et me laissais aller à un engourdissement un peu ennuyeux. Sous l’effet de la chaleur, je décidai de me baigner. Et tout à coup, surprise ! Je n’avais pensé qu’à moi. On ne jouit qu’avec son propre corps comme nous l’enseigne Lacan. Revêtue de mon bikini, l’effet fut immédiat. Pour le coup, je me sentis toute nue sous les regards masculins qui n’avaient d’yeux que pour ce costume de bain !
J’aurais voulu disparaître. Je découvris à cet instant que le bikini est au corps ce que le carré blanc était aux écrans de cinéma et ce que les passages noircis de la censure étaient aux livres de l’époque. Il indiquait à l’observateur où poser son regard sans le moindre doute.
Je venais de découvrir, malgré moi, un moyen de se faire voir !

Cette rubrique exposera les différentes stratégies, délibérées ou non, mais certainement sans cesse renouvelées, de nos people en vogue pour se faire voir.