Danse

« La danse, c’est donner une forme à ce qui ne peut être dit »

Lynda Goudreau, danseuse

Au sortir d’un spectacle de danse, souvent, bruissent des « T’as vu ? » la technique des danseurs, la mise en scène, la chorégraphie, etc. La parole du spectateur vient enserrer et interpréter ce que le regard a attrapé, a photographié dans l’instant de la danse. Ce qui se regarde n’est pas forcément ce qui se voit. Mais que regarde-t-on ? Qu’a-t-on voulu nous montrer ? En quoi la danse nous regarde-t-elle ? Telle pièce chorégraphique bouscule le regard du spectateur et son point de vue. Parfois le fait chavirer au point de se perdre. Effraction du miroir ou surgissement du réel ? Quel que soit le style de danse, quelque chose est donné à voir, à entendre, que ce soit de façon voilée, brute ou discrète. Donner à voir ce qui ne peut se dire par les mots et que le corps saurait traduire, rendre lisible et visible. Rendre visible l’invisible, donner existence à ce que la parole ne peut dire, en passant par la grammaire du corps, les phrasés suspendus, syncopés ou saturés de contrastes, telle est l’une des boussoles de la danse contemporaine. Les corps des danseurs deviennent des passeurs et interprètes du dire du chorégraphe, dire qui se mue en images via la gestuelle, l’espace scénographique, la temporalité. Quid de la danse classique, du jazz, des performances de danse ? Quid de la danse orientale, du hip-hop, du flamenco, de la danse de salon, etc. ? La danse en boîte de nuit, la boum – signifiant désuet pour les jeunes d’aujourd’hui – en laissent plus d’un(e) sur le bord de sa chaise, celui, celle qui « fait tapisserie », regardant la scène en retrait, pensant ne pas être remarqué, mais qui, de faire tache dans le tableau, est vu(e).

Le photographe, le cinéaste, que regardent-t-ils ? Que choisissent-ils de montrer, d’enlever, de cacher, de déformer ? Au-delà du spectacle vivant de la danse, de la danse sur scène, qu’en est-il des scènes de danse dans les documentaires, les films ?

Écrire sur la danse, c’est le moment où le corps disparaît, où le corps de la lettre prend le relais du regard, pour coucher sur la page blanche ce qui a été vu, entr’aperçu. C’est affiner son regard et s’appuyer sur les mots pour tenter de le restituer. Tout n’est pas vu, tout ne sera pas dit. Regard et parole comportent un trou.