Paris
  • 11 juillet 2016
  • - Commentaires fermés sur If you see something…, par B. Gonzalez-Renou
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Paris et New York, la Ville lumière et la Big apple. Deux villes touchées en plein cœur par des attentats terroristes sans précèdent. Deux capitales du monde devenues à quinze ans d’écart la scène d’un réel sans loi.

Lors d’un récent séjour à New York, j’emprunte le métro. Plutôt concentrée sur le trajet afin de ne pas manquer le bon arrêt, tout d’un coup un panneau publicitaire attire mon attention : « If you see something, say something » suivi d’un numéro de téléphone et d’une série de consignes.

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Au fur et à mesure de mon séjour, cette phrase apparaît dans différents lieux et formats. Le message saute aux yeux des passagers de l’ensemble du réseau de transports en commun. Ainsi, au beau milieu du magnifique hall de la Grand Central Station, un très grand écran affiche à des intervalles réguliers et sur un fond jaune criard, le désormais célèbre : « If you see something, say something ».

Un premier constat : à Paris, le plan Vigipirate maintient une certaine retenue dans son message : « Pour la sécurité de tous, soyons attentifs ensemble ». À New York, le regard de chaque citoyen est explicitement convoqué. Pourtant, la logique en jeu reste floue.

Une fois de retour à Paris, la curiosité d’en savoir un peu plus sur cette campagne autour du regard m’a amenée à faire une petite recherche.

J’apprends ainsi que ce slogan américain est le nom d’une campagne issue des nouvelles stratégies sécuritaires. Elle vise à faire de l’œil de chaque citoyen une caméra au service de la protection civile. Le site web foisonne d’arguments et de conseils. Une vidéo vous explique que personne ne connaît mieux que vous-même votre propre routine. Ainsi, tout ce qui viendrait faire tache mérite d’être communiqué sans tarder. Il s’agit d’éduquer l’œil de chacun afin de repérer tout indice pouvant déceler la moindre intention de crime terroriste. Mais aussi, last but not least, de « tout comportement ou activité suspects ».

La récolte des données suit un protocole précis. La personne ayant « vu quelque chose » appelle le numéro affiché pour en « dire quelque chose ». Un standardiste pose alors quatre questions : Qui ou quoi avez-vu vu ? Quand l’avez-vous vu ? Où l’avez-vu vu ? En quoi est-ce suspect ?

Les réponses à ces quatre questions sont immédiatement intégrées à une énorme base de données. Le traitement qui en découle permettrait de cerner la fréquence, l’intensité et la dangerosité des événements suspects ainsi que de « renforcer la loi » en matière de défense du territoire. Sous le regard de Big Data, le moindre événement imprévu devient en soi un danger probable.

Cette campagne initialement mise en place par la New York City Metropolitan Transportations Authority est également certifiée et promue par le Departement of Homeland Security , créé par le gouvernement américain dans la suite immédiate des attentats du 11 septembre 2001.

À présent, ce projet est devenu un programme d’envergure nationale aux États-Unis.