Luxe
  • 22 août 2016
  • - Commentaires fermés sur « Les suspects portaient des Louboutins », par Laëtitia Belle
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Tel est le titre plutôt glamour d’un long article publié dans le Vanity Fair en 2010 suite à une série de cambriolages survenus dans des villas de stars de Los Angeles telles que Paris Hilton, Lindsay Lohan, Megan Fox, etc. Une bande de jeunes a ainsi dérobé plus de trois millions de dollars d’objets de luxe.

Sofia Coppola s’est inspirée de ce fait divers pour réaliser son film The Bling Ring (2013) – surnom donné au gang par les médias. L’accent est d’emblée mis sur le contraste entre la vacuité de l’être et l’opulence des objets de luxe, privilèges des « vraies » stars hollywoodiennes. La star est aimée et regardée à partir d’un point qui la situe comme un idéal voire une idole : ses objets postiches, son corps maigre, ses frasques amoureuses et sa jouissance hors-limite qui la rendent originale. La voler, la ravir, la déposséder : ces cambriolages tiennent autant de l’acte de transgression que de l’acte d’amour. C’est dans la clandestinité que ceci se pense et se prépare. Et cela va vite : repérage sur les réseaux sociaux des absences de la star, choisie sur son style et ses marques de vêtements, violation des lieux et de l’intimité.

Est-ce le phallus qui est là dérobé ? Sans doute. Le corps alors paré de mille feux, composite de marques fétichisées qui permettent aux jeunes filles de se croire, elles aussi, comme étant le phallus. Le vide de l’être s’habille d’apparats trompeurs qui les éloignent de la féminité mais pour autant qui leur donnent consistance de corps dans la mascarade phallique.

Le regard, disions-nous, est aussi de la partie. Au regard vide parental, sans éclat, marqué par la déception ou, dans l’autre extrême, animé d’une passion déréglée, répond le bling, la poudre aux yeux, le risque du jeu. Le regard ici sert la jouissance illimitée de la possession – possession des objets hors de prix, ravissement du corps de la star et de son image. Le luxe donne au regard un éclat de vie dont ces jeunes ont eux-mêmes été dépossédés. Il lui rétablit une dimension de brillance phallique qui, au départ, est en défaut. Comme dans un rêve, ils sont les stars. La jouissance ne tient pas seulement au fait de se cacher (des caméras, de la vigilance de l’Autre), mais aussi à la répétition même de l’acte. C’est à chaque fois une rencontre avec la jouissance qui est produite et qui veut être retrouvée. Les selfies pris pendant ou après l’acte attrapent au vol dans le regard l’instantané de la jouissance, pour disparaître à nouveau. Quel est le « vrai » luxe finalement ? Le regard de Sofia Coppola l’indique : c’est celui du désir dont ces jeunes sont exilés.

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