Edito
  • 22 septembre 2016
  • - Commentaires fermés sur Point de vue, par Philippe Hellebois
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Matuvu aime l’équivoque – heureusement, comment faire un journal, voire quoi que ce soit d’autre, vivre surtout, sans celle qui décomplète le monde ? –, et en joue à l’envi dans ce numéro.

Point de vue peut s’entendre ainsi au sens négatif, notamment sous les espèces de la cécité, dont Lacan a pu faire une espèce d’acmé du regard : le vide de la vision de l’aveugle se change en regard, regard angoissant et tragique, autant pour lui-même que pour l’autre. Nous en trouvons ici la métamorphose selon Borges, et plus près de nous, Martine Bartholini, qui montrent en avoir fait par leur art bien autre chose qu’une expérience douloureuse.

Le point du point de vue est aussi ce que désigne le verbe défectif poindre : piquer, blesser, faire souffrir, bref ce qui nous saisit, nous touche, nous étreint. Dans une image, c’est ce qui nous point, et fait que cette image est plus qu’elle-même. Roland Barthes, nous rappelait Laurent Dupont en début de semaine, dans La chambre claire le qualifiait de punctum, précisant que c’est ce qui différencie une bonne photo d’une autre, une photo d’un chromo. Comment mieux l’illustrer qu’avec la femme en flammes d’un conte d’Akutagawa ou grâce à Eva Perón, femme immortalisée par son décès, dont nous parlent respectivement Marina Lusa et Dominique Corpelet ?

Le point de vue est aussi indissociable de la clinique elle-même en tant qu’elle en choisit certains et en rejette d’autres : c’est par exemple le face à face dont la cure se prive parfois, le plus souvent… selon les cas et le style de chaque analyste. C’est aussi le changement de perspective sur les mêmes choses que son avancée provoque pour l’analyste et l’analysant : elle nous fait dire que si une analyse ne change pas le monde, elle change pourtant tout, tout le reste, soit ce qui compte vraiment – voyez ce qu’en disent nos amies argentines Laura Petrosino et une AE de Buenos Aires, Kuky Mildiner.