Luxe
  • 27 septembre 2016
  • - Commentaires fermés sur Hors-de-prix vs démesure, par Anaëlle Lebovits-Quenehen
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Certaines femmes aiment le luxe – plus ou moins. Et pas seulement les femmes qui en ont les moyens. Le luxe pouvant se définir comme ce dont le prix excède la bourse de celui ou celle qui l’acquiert, sa valeur est variable quoi que toujours subjectivement excessive.[1]

Sans être nécessairement tape-à-l’œil, le luxe se donne à voir et vise un regard  qui en repère la valeur comme hors-de-prix. En l’occurrence, le hors-de-prix porte mal son nom. Car sa valeur, pour être excessive, est dénombrable, limitée, nommable, toute chose que n’est pas – c’est notre thèse – la jouissance que le luxe vient justement traiter au champ du regard.

Les amatrices de luxe prétendront peut-être le contraire, plus elles en usent, et plus elles tâchent de traiter la jouissance qui les habite, cette jouissance intraitable, toujours en partie au moins, car non-dénombrable, illimitée, innommable, Autre en somme. Certaines en ont à revendre. Quand elles ont le goût du luxe, elles convertissent une jouissance informe et structurellement hors de mesure, en prêt-à-porter hors-de-prix.

Le luxe, par son prix et l’effet qu’il provoque, est exorbitant – étymologiquement, qui fait sortir l’œil de son orbite. C’est au point qu’il est parfois mal vu. Et ça ne date pas d’hier. L’un des premiers codes de lois de la Grèce antique stipulait que « nulle femme libre ne doit arborer de bijoux d’or ni porter de robe brodée à moins qu’elle ne soit établie comme prostituée ». Interdire aux femmes de se montrer luxueusement parées (à moins qu’elles ne soient prostituées et ç’en sera le signe), n’est-ce pas viser le semblant dont elles usent, en tant qu’il fait encore trop signe de la jouissance qu’il traite ? C’est que le semblant du luxe écope de l’excès dont la jouissance à laquelle il donne forme est irrémédiablement marquée. Plût au ciel que ce genre d’interdit se limitât à l’histoire de l’Antiquité.

Car s’il est vrai que le semblant du luxe fait signe de la démesure de certaines femmes, il y a celles qui n’en ont cure, et dont on ignore, à première vue au moins, comment leur démesure se traite. Quoi qu’il en soit des unes, quoi qu’il en soit des autres, inutile d’enjoindre les femmes à cacher ces semblants que nous ne saurions voir. Inutile, oui, car il ne suffit pas d’interdire les semblants dont elles usent, pour inhiber l’excès dont elles sont – pas toutes – marquées.


[1] Notre définition du luxe exclut les vrais riches pour lesquels le luxe n’est pas un luxe.

Illustration : Photographie de Wendelin Spiess, http://www.wendelinspiess.com/