Edito
  • 13 octobre 2016
  • - Commentaires fermés sur Le sujet en survol, par Philippe Hellebois
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Pour notre plus grand plaisir, l’enseignement de Lacan fait éclater plus souvent qu’à son tour la baudruche des idées reçues. Ce plaisir a évidemment un prix, celui de nous faire passer par un temps d’incompréhension – résultat que Lacan considère aussi comme miraculeux tant il est difficile de s’arracher aux fausses évidences. Dans son toujours fameux Séminaire XI, il pourfend ainsi l’antienne évolutionniste selon laquelle la fonction crée l’organe. Pure absurdité, précise-t-il, elle ne l’explique même pas, et ceci d’autant moins que l’organe peut en avoir beaucoup. La question qui nous intéresse n’est pas de savoir ce qui crée l’organe, mais ce que cet organe crée, ou plus modestement détermine. Réponse, des devoirs, dont celui de savoir comment se débrouiller avec lui. Dans le règne animal, ce rôle est rempli par l’instinct, soit « la façon dont l’organisme a à se déterminer aux meilleures fins avec un organe ». Cet instinct, selon Lacan, n’est pas très éloigné de ce que l’on appelle une morale, à entendre ici comme une règle de conduite. [1]

 S’agissant de l’œil, l’organe qui nous occupe présentement, ce qui vient à cette place est le sujet dont la véritable nature, dit-il encore, est d’être « en survol absolu ».[2] Autrement dit, il y a l’organe et l’architecture symbolique du sujet qui s’y superpose. Cela ne fait pas du sujet lacanien un petit homme aux commandes de l’homme, un pilote dans l’avion. Cette architecture est celle du langage, et à ce titre personne ne la commande. Dans le champ de la vision, Lacan pose qu’au commencement est le regard mais à la voix passive: nous sommes d’abord regardés, et non regardants. Il y a un donné à voir qui préexiste à la vision, et par là-même l’organise. C’est dire que notre rapport à la vision est déterminé par ce qui nous a d’abord fascinés. Nous sommes regardés comme nous sommes parlés, ce qui constitue autant de façons d’être joui, via l’organe qui n’en est jamais que l’instrument. Le regard ne crée évidemment pas l’œil, il en use, et parfois même à l’excès.

Créature de l’excès, comme le montre son nouveau format de dix textes par numéro, rançon de son succès, Grand Matuvu vous regarde !

[1] Lacan, J., Le Séminaire, Livre XI, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1973, p. 94.

[2] Ibid., p. 91. Ou encore « Ce survol que j’appelle le sujet … », Ibid., p. 90.