Edito
  • 19 octobre 2016
  • - Commentaires fermés sur Vestige du jour, par Marie Brémond
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Le sort donné aux images aujourd’hui laisse présager de leur décrépitude, déjà entamée. Rien ne doit échapper à nos regards technicisés. Sur nos Smartphones, dans nos selfies, en livestream, dans le monde entier, sur Secret Story ou Kardashian Tv, l’image se fait le relais d’une banalisation de la médiocrité.
Le cinéma, du réel ou de fiction, est à ce titre un vestige du jour, clin d’œil au sublime film de James Ivory. À l’encontre de cette purulence d’images poubellisées, le 7e art offre à voir une représentation orientée par l’impossible de sa représentation. Il réintroduit l’usage du voile, d’un cadre, de l’absence – du « coin » disait Godard. Dans ces mises en scène de la schize de l’œil et du regard, les héros, même les plus voyeurs, ne cessent de ne pas tout voir, tel Mark Lewis dans Peeping Tom. Les réalisateurs, soumis à ce même régime, nous font partager les battements intimes de leurs pulsations scopiques : Jason Bourne devient invisible au spectateur, qui ne voit pas venir le dénouement. Cet autre film dont vous découvrirez l’identité nous fait vivre une course poursuite à l’aveugle, guidés au seul son de la voix ; et puis il y a aussi cette image qui, étant absente, nous regarde tout du long.
À la lecture de ce numéro spécial Cinéma de Matuvu, votre regard se fera le complice de celui du cinéaste.