Arts
  • 20 octobre 2016
  • - Commentaires fermés sur Le glanage urbain d’Alexandra Zunigo, par Patrice Aron
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Patrice Aron : Tu intitules ta démarche « glanage urbain ». Pourquoi ?

La photo est un moyen pour moi de partager une balade urbaine, de développer un certain regard sur la ville. Il ne s’agit pas de technique. Dans la nonchalance propre à la balade, il y a une errance orientée par la découverte du détail, de la surprise, de l’inédit.

Orientée également par la psychanalyse de par ma profession, il y a dans ma démarche photographique quelque chose de cette orientation.

Patrice Aron : Quel lien fais-tu entre photographie et psychanalyse ?

Dans le blabla souvent confus de la parole, il y a une certaine errance du sujet. La psychanalyse scrute par ses outils le singulier et le détail dans le discours. La psychanalyse est un révélateur du détail. Il y a alors dans le déploiement d’une cure analytique des moments plats, répétitifs et puis brusquement, il y a quelque chose qui fait arrêt au blabla. La surprise, l’étonnement apparaissent, faisant émerger parfois de cette découverte un certain ravissement.

La manière dont je glane me semble proche de cette démarche. La ville regorge de détails cachés dans le brouhaha urbain. Ce sont justement ces détails qui m’intéressent, ce qui casse le « lisse », qui vient tel un clin d’œil se poser, s’imposer à la normalisation de nos rues et de nos vies. La marche qui fait aller d’une rue à une autre amène à un mot écrit là, à une lumière particulière, une ombre, un reflet, une vue. Quelque chose de vivant survient qui fait de mon œil l’instrument d’un désir.

Patrice Aron : Nous vivons dans un monde saturé par les images…

Oui, en effet, c’est bien la question. Comment faire signe à l’autre, alors que nous nous noyons dans les images qui défilent à une vitesse hallucinante… ? Comment cesser ce flot, comment faire pour que quelque chose accroche, fasse coupure, stoppe cette immédiateté, cette accélération du rapport à l’autre ?

Ma démarche est multiple, elle est de surprendre, d’amuser. Je tente de diverses façons de rendre agréables l’insignifiant et le banal, de détourner ce qui se trouve là à portée de main dans la rue, de le faire parler en le liant quand je peux avec les faits de société, en y apportant une certaine légèreté.

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Patrice Aron : Les ombres et les reflets sont très présents dans ton travail. Pourquoi ?

J’ai une vraie attirance pour les ombres et les jeux de forme qu’elles peuvent provoquer. Il y a un livre que j’affectionne, c’est Éloge de l’ombre de Tanizaki, dans lequel il prône la subtilité de l’art japonais contre l’art occidental fait de blancheur et de propreté, anéantissant le détail de ce qui ne fait que s’apercevoir ; l’art japonais se dévoile par un jeu d’ombres et de lumières dont il décrit si poétiquement le charme.

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Avec les reflets, je fais surgir une certaine étrangeté. Dans les flaques, il y a une autre scène qui se reflète avec un léger détail qui prend toute son importance, comme ici la feuille.sans-titre5

 

 

 

 

 

 

 

 

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