Institutions
  • 20 octobre 2016
  • - Commentaires fermés sur Un matelas qui fait tache, par Wendy El Kamel
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Temps 1

L’ouvrier polyvalent trouve un matelas appartenant à l’institution d’habitation protégée, en bas de l’escalier, à quelques pas de la salle communautaire. L’homme à tout faire souhaite s’en débarrasser car cela fait tache et il aime les choses bien ordonnées.

Nous différons son désir de le faire disparaître. Nous l’informons que nous attendons la réunion communautaire où nous pourrons résoudre l’énigme de la présence de ce matelas dans le couloir.

Le jour de la réunion, nous retrouvons let matelas dans la rue. Nous le reprenons et le remettons à l’intérieur, au pied de l’escalier.

Comment ce matelas est-il arrivé là ? Qui l’a déplacé ? Ce type de question relève d’une position pour le moins autoritaire et policière : un regard qui tente de trouver le coupable et ensuite qui cherche à le punir.

Temps 2

La réunion communautaire commence avec trois résidents sur les sept. Parmi les différents points de la réunion, nous demandons si quelqu’un sait comment ce matelas est arrivé dans le couloir. Personne ne répond… Nous rappelons aux résidents présents que ce matelas appartient à l’institution et qu’il n’a rien à faire même au pied de l’escalier. Nous décidons de mettre provisoirement ce matelas à la cave en attendant la prochaine réunion.

Le lendemain, l’ouvrier polyvalent demande ce qu’il doit faire de ce matelas qui continue de faire tache pour lui…

Temps 3

Une semaine passe et nous reposons la même question à la réunion communautaire. Les résidents sont plus nombreux à être présents, mais ils ne sont pas tous là. Personne ne répond. Sauf un qui nous demande s’il peut récupérer le matelas…

Nous rappelons qu’on ne peut se débarasser ou prendre possession du matériel de l’institution sans en passer par l’institution. Et aussi longtemps que nous ne savons pas par qui ce matelas a été déposé, nous ne pouvons répondre à sa demande. Nous remettons une fois encore le point à la prochaine réunion.

Temps 4

Pour la troisième fois, la question du matelas est reposée. En fait, nous étions quelques-uns de l’équipe à soupçonner un résident en particulier.

Le « suspect » réagit en disant que ce n’est pas lui et que nous pouvons venir vérifier dans son studio. Nous précisons qu’il s’agit de discuter des choses et non pas d’aller vérifier. Nous voulons éviter d’aller contrôler chez chaque résident s’il y a un matelas manquant. Cela pose la question de la confiance entre l’institution et les résidents.

Au moment où nous pensions que nous serions obligés de vérifier de visu, la surprise surgit… Un résident arrivé tardivement à la réunion se désigne comme étant en cause dans l’affaire du matelas.

Il avait reçu un matelas « non institutionnel » qui appartenait au suspect. Celui-ci voulait s’en débarrasser. Le coupable décide, à son tour, de s’en débarrasser mais il se trompe de matelas et il se débarrasse du matelas qui appartient à l’institution. C’est pourquoi, sans doute, il avait souhaité le récupérer lors du temps 3.

Incarner « l’œil absolu » est délicat dans l’accompagnement d’un public psychotique. À refuser cette position, à laisser une place vacante, la parole a surgi.