Edito
  • 24 octobre 2016
  • - Commentaires fermés sur Géopolitique des chaussures et du cheveu, par Laurent Dupont
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Tous les yeux sont tournés vers l’Angleterre et les USA. Chacun y va de son commentaire. En effet, comment échapper à ce qui nous crève les yeux tellement cela est présent. La catastrophe est bientôt là. Le Brexit ? L’élection potentielle de Donald Trump ? Que nenni mes amis, si l’Angleterre nous intéresse, c’est que Theresa May emporte l’Europe à la semelle de ses souliers. On n’a d’yeux que pour eux, léopard, zèbre, Louboutin ! 20 minutes en fait sa Une, les réseaux sociaux s’interrogent : cette austère nouvelle « dame de fer » dévoilerait le feu en elle par ses chaussures. Finis les chapeaux de la reine, voilà les chaussures de Theresa. Quant à Donald, je ne parle pas de l’ami de Mickey, ni de Dingo, quoique… Non, de celui qui dit tout haut ce que personne n’oserait penser tout bas, de quoi parle-t-on ? De sa géopolitique hasardeuse ? Son approche des femmes ? Ses visées sociales radicales ? Son approche de l’immigration mexicaine ? Un peu, bien sûr, mais ce qui a fait l’actualité tout autant, c’est sa moumoute. La moumoute de Donald nous regarde et ça fait froid dans le dos. Là encore, articles de journaux et réseaux sociaux se déchaînent. Alors, pourquoi les chaussures de Theresa et la moumoute de Donald nous intéressent-elles autant ? Je vous propose une hypothèse : l’élection de Trump nous promettrait un avenir potentiellement catastrophique du monde, et les experts nous annoncent pis que pendre du Brexit. Devant l’impudeur et l’obscénité de Donald Trump, ou l’horreur du vide laissé par cette castration dans le réel que représente la perte de l’Angleterre pour l’Europe, il ne reste plus qu’à détourner les yeux car, comme le dit Freud, « en général il s’agit d’une chose que le fétichiste a vue (chaussures, nattes, chevelure, partie du corps) au moment où il regardait les organes génitaux féminins ou d’un objet susceptible de remplacer symboliquement le pénis[1]. » Face au trou, à l’horreur du vide, voir autre chose, être regardé par un objet prélevé sur le corps de l’autre et qui vient à la place de l’insupportable. Face au trou laissé par l’Angleterre en Europe, baissons les yeux vers les chaussures léopard de Theresa ou face à l’obscène dévoilé de Donald, levons les au ciel pour y voir sa moumoute. Finalement, rien ne vaut une bonne petite solution fétichiste.


[1] Freud S., Abrégé de psychanalyse (1946), Paris, PUF, 1973. p. 81.