Théâtre
  • 25 octobre 2016
  • - Commentaires fermés sur Être cette personne qui regarde, par Patrice Chéreau
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En 2009, le chorégraphe Thierry Thieû Niang avait invité le regard de plusieurs artistes sur son travail chorégraphique avec des jeunes autistes pour partager cette expérience qui visait à « chercher du dehors celui qui est dedans et faire en sorte que le corps parle à la place des mots ». Le spectacle s’est appelé Au Bois dormant. Marie Desplechin en a écrit le texte, Benjamin Dupé la musique et Patrice Chéreau a été le « regard » extérieur. Se dire « regard extérieur » c’est prendre une position un peu différente de celle du metteur en scène. C’est se poser, autrement, la question du désir de l’Autre.

Marie Desplechin et Thierry Niang vont travailler ensemble et m’ont demandé d’être pour eux un regard extérieur[1].

C’est quoi un regard extérieur ? Comme son nom l’indique, c’est quelqu’un qui regarde de l’extérieur. De l’extérieur du travail, de l’extérieur des choses, quelqu’un qui, délivré du fardeau du travail et du « que faire » et « comment le fabriquer », se met simplement à dire : voici ce que je vois, voici ce que je ne comprends pas, peut-être qu’il faudrait mettre les morceaux que vous avez assemblés dans un autre ordre, autrement, peut-être dans un autre espace, une autre lumière. Quelqu’un d’agaçant, qu’on a parfois envie de ne pas écouter mais dont nous savons tous qu’il est nécessaire. Regarder, écouter, juste dire ce qu’on voit et qu’on comprend, proposer à l’occasion une idée, un parcours, des questions. Thierry Niang, m’a fait donc cette proposition inhabituelle pour moi et stimulante : être cette personne qui regarde et qui s’étonne – ce qu’il a été, lui, tant de fois pour moi – celui qui ne sait pas mais qui peut aider ceux qui sont sur scène et ne se voient pas.

Donc deux personnes que je connais et que j’admire et que j’aime voir ensemble.

Marie Desplechin, dont je connais l’écriture, […] et Thierry Niang, dont je connais le travail depuis quelques années maintenant et qui m’a accompagné dans les trois derniers spectacles que j’ai faits, Così fan tutte, De la Maison des Morts et Tristan et Isolde. […] Et ces deux personnes-là vont travailler ensemble aujourd’hui, et voici qu’elles m’ont demandé de les regarder, simplement de dire ce que je vois, ce que j’imagine, non pas pour me substituer à eux, mais juste proposer des pistes, une dramaturgie peut-être, imaginer un espace avec eux, des lumières. C’est un travail désintéressé et nouveau, je ne l’ai jamais fait pour personne et j’ai eu envie ici d’accepter. C’est la compagnie de Thierry Niang qui fait tout, Marie et Thierry parlent, se parlent, les enfants autistes les réunissent, l’une écrit, l’autre danse, et moi, je me rajoute.

Et je les regarde.

[1] Texte extrait du dossier de presse de Au bois Dormant : http://www.lacomediedeclermont.com/saison0809/presse/DossierPresseAuBois.pdf