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  • 27 octobre 2016
  • - Commentaires fermés sur Pas drone du tout !, par Jean-François Reix
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« Sais-tu que les fabricants de drones civils poussent les gouvernements européens comme américains à élargir les réglementations en matière d’engins volants pilotés à distance ? Début 2015, Obama avait mandaté une commission pour réfléchir à cette (r)évolution nécessaire, et proposé de définir une série de bonnes pratiques.

— Ah ! Les bonnes pratiques !

— Comme tu ne le sais peut-être pas encore, un drone, ça peut faire plein de choses. Des suivis de chantiers, des prises de vues aériennes dans les zones les plus inaccessibles, de la surveillance de cultures, de la détection radio-nucléaire, de la surveillance de feux de forêt, de la « gestion de crise » (vision globale de la situation, coordination des différents intervenants[1]) et… de la  sécurité urbaine comme le suivi de manifestations.

Naaan !

Si.

Ah bon ! On pourrait nous surveiller ?

Mais comme il va y avoir les recommandations des bonnes pratiques, on n’est pas inquiet. Exemples.

  • Tu n’auras pas d’autres lieux de vols que les espaces publics, sauf en cas de nécessité impérieuse (!)
  • Tu ne survoleras pas en permanence une personne. Tu recueilleras des données personnelles.
  • Tu ne te serviras pas de ces données pour fonder des décisions en matière d’embauche, ni pour une attribution de crédit ou encore pour juger de l’état de santé de celui que tu as vu en passant dans cette rue.
  • Tu détruiras ces données, que tu n’auras pas récoltées, dans un temps raisonnable.

Quoaa ! Récolter des données ?

Mais enfin c’est pour mieux adapter leur offre à notre demande. Du marketing ! C’est bien pourquoi la Préfecture de police de Paris a lancé un appel d’offre, avec un cahier des charges très précis, pour des missions d’observations, à la vielle de l’Euro 2016[2]. Même si le préfet de police n’a pas lu Bentham, il a dans son cœur son Panopticon. Le drone devra voler au moins à cent mètres d’altitude pour ne pas être visible, d’où il devra pouvoir lire une plaque d’immatriculation. Voir sans être vu, le rêve du névrosé. Mais être invisible en 2016, c’est plus compliqué qu’à la fin du XVIIIe siècle. Aussi, la police veut qu’il ne soit détectable ni thermiquement (il doit être un animal froid), ni électromagnétiquement (pas visible aux radars). Là cela se complique.

Imagine : son œil à lui c’est une caméra HD 720 px. Nos visages en photos haute-définition obtenus sans qu’on puisse voir l’appareil photo, et puis hop ! Un bon logiciel de reconnaissance de visage et t’es dans la base ! Tu vois bien qu’on est loin des images moches des caméras de surveillance. Un progrès !

Et puis rappelle-toi pour l’interdiction de la burqa : le visage qu’on ne peut pas identifier. Alors, voilà, comment faire maintenant que tu es vu de haut ? Finis, le bonnet, le chapeau, la casquette.

Hé ! Lève la tête, quand je te parle ! »


[1] Cf. « Les drones débarquent dans le monde de la sécurité » sur le site www.cnpp.com

[2] Cf. drones.blog.lemonde.fr/2016/03/31