Stars
  • 31 octobre 2016
  • - Commentaires fermés sur Dé-star, par Françoise Monnier
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Alors qu’elle terminait de lui donner son biberon, les cris de sa mère hurlant : « Ma petite fille ! Ma petite fille ! » en la voyant, à l’âge de quatre mois, disparaître dans ses bras à l’occasion d’un spasme, avait constitué le point de vue de l’Autre à son égard, son regard. Elle serait, dès lors, regardée par une petite fille que sa mère aime au point où elle la perd. Point de vue images du monde ! Plutôt que d’être emportée entière dans le réel de l’affaire, insondable décision de l’être, elle entra d’une certaine manière, via le fantasme, au catalogue du magazine des people d’exception. Le récit fréquent de cet épisode tissa, à son insu, le scénario du film dont elle partageait la vedette avec sa mère. Star inconnue du grand public, elle était parfois sombre et déprimée comme le sont parfois les plus grandes, et finit par donner à un psychanalyste le champ de sa caméra intime en lui confiant, assez vite, les ressorts et les aboutissants de son rêve de star, soit qu’elle ne renonçait pas à être l’étoile de son (étoile) de mère et que, de cela, elle souffrait de fatigue voire d’épuisement.

« Je suis au bord d’une rivière, je vois une étoile de mer emportée très rapidement par le courant. Je la pense en danger, j’hésite à me jeter à l’eau pour la sauver, tandis que ma fille Astrid arrive dans mon dos, se jette à l’eau au risque de se noyer. Moi, je ne suis pas l’étoile de mer. »

L’interprétation de l’analyste – « C’est tout à fait ça » – la fit sensible à l’équivoque (suis, être et suivre) qui accusa réception de son identification à l’étoile de (l’étoile) de mère tout en la décollant un peu. Nouveau point de vue, nouvelle identification, elle se vit analysante, voire de manière un peu maniaque, star des analysantes. Elle exprima que la fatigue s’était faite plus légère en disant qu’elle était passée de épuisée à épuisette, ce à quoi l’analyste répondit par un « crevée-crevette ». Cependant le récit de rêves de petites filles noyées alimentaient souvent les séances, jusqu’au moment où l’analyste, par une décision qui n’appartient qu’à lui, braqua la caméra sur le hors champ du sens et de l’interprétation, en passant de l’équivoque au loufoque – « Vous noyez le poisson ». Ce dire, véritable acte de parole, en faisant exister un réel dans l’impossibilité même de noyer un poisson, effectua la dé-starification qui devait conduire à la fin de l’analyse.

Et par la suite, quelque chose de cet impossible s’est écrit en toute lettre Arête de fumée, en rendant plus respirable son « insoutenable légèreté de l’être. »