Dévoilement
  • 3 novembre 2016
  • - Commentaires fermés sur De la fixation anale à la fixité de l’image, par Jérôme Lecaux
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La fixation anale de l’obsessionnel condense la libido sur l’objet anal et la maîtrise. Elle est attisée par le plaisir du torchage. Elle reproduit dans sa forme l’emprise (de la mère) sur l’objet (enfant) qu’elle vise en même temps à combattre. Garder l’objet pour se défendre de l’Autre, l’avoir pour ne pas l’être. Le lien à la mère est une hainamoration qui traduit l’ambivalence entre sujet (qui se différencie et se sépare) et objet (qui lui appartient). Pourtant, la pulsion haineuse et sadique (emmerder l’autre, le faire chier, le faire attendre…) doit être maîtrisée pour se rendre aimable (le véritable ressort de la castration est la perte de l’objet). Pour ce faire, la stratégie de l’obsessionnel consiste à offrir à l’Autre un visage lisse et gentil, une image, qui témoigne à la fois de la formation réactionnelle (maîtrise de la pulsion) et de la dissimulation (l’image comme bouclier contre le regard, voile du réel). Cette image, c’est le Moi. Cette construction qui fait obstacle, comme le schéma L en témoigne, est l’analogue du refoulement, comme le concept de souvenir-écran chez Freud l’illustre. Cet écran aura dans le fantasme sa fonction éminente. C’est pourquoi il est si difficile d’arracher (le terme convient particulièrement bien à celui qui ne lâche pas l’objet) l’obsessionnel à l’image et au regard. Il a besoin de montrer, de saturer le regard de l’Autre par une belle image de lui-même (le phallus imaginaire comme belle image ; l’objet comme bouchon). Cette image cache donc son sadisme et le protège de celui de l’Autre. Cet investissement de l’image se paie d’une mortification et d’une immobilisation qui est analogue à celle que la fixation anale déjà produisait (la libido musculaire s’immobilise et se condense dans l’effort de rétention). Cette captation libidinale touche aussi plus ou moins la pensée, inhibée (l’écran au regard provoque une inhibition au ça-voir). Il y a alors une tendance à tourner en rond dans sa propre merde-pensée, à s’éparpiller, à ne pas pouvoir produire (déféquer)…

Ce rapport à l’image explique aussi pourquoi l’obsessionnel, si gentil, si aimable, ne sait pas aimer. Pour pouvoir aimer il faut consentir au manque et à la castration, afin de faire d’une femme son objet (phallus). Son désir va du côté de la destruction de son objet, il aura donc tendance à se contenter d’aimer, pour aller désirer ailleurs. Quand il est aimé, il pense que c’est pour sa belle image qui leurre et derrière laquelle il se croit à l’abri (la naïveté est ici plutôt de son côté que de celui de sa partenaire). C’est ce dont il s’autorise pour mépriser. Sa lâcheté repose sur son incapacité à assumer sa haine, il préfère donc souvent l’impuissance à son désir inconfortable pour laquelle il devra chercher une sortie ailleurs ; que ce soit dans le symptôme, la souffrance masochiste (le sadisme est plus culpabilisant), la sublimation…

Ce rapport à l’image explique pourquoi chez l’obsessionnel l’amour de transfert constitue un obstacle au travail analytique, surtout s’il réussit à capter le regard de l’analyste, à lui être aimable, à l’hypnotiser, à l’endormir. Le choix de l’analyste est crucial et révélera d’emblée le désir de l’analysant : va-t-il choisir quelqu’un capable de le mettre en danger ? C’est-à-dire quelqu’un qu’il ne pourra pas maîtriser, qui aura lui-même un rapport libre à l’image ? Même s’il s’agit de respecter la défense, il ne s’agit pas pour l’analyste d’être trop gentil, s’il veut faire semblant d’objet a